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Mentions de FERRAO dans les débats

M. Jean-Yves AUTEXIER
Sénateur
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M. Jean-Yves Autexier. Le propre de la République, c'est que les citoyens n'obéissent qu'aux lois qu'ils ont eux-mêmes arrêtées. Cela signifie qu'aucune autre loi - religieuse ou particulière - que celle qui est issue de la volonté générale, voulue par le peuple tout entier, ne peut s'imposer. Ainsi, la loi civile est fondée sur l'égalité de l'homme et de la femme. Elle accepte le divorce ou l'interruption volontaire de grossesse. Elle est donc différente de la plupart des doxa religieuses.

Le débat public est articulé en raison. Tous les arguments sont entendus avant que les concitoyens ne tranchent. Si l'un des interlocuteurs prétend parler au nom de Dieu, le libre débat est entièrement faussé ; le jeu n'est plus égal. C'est l'imposture de la théocratie.

Cette distinction du civil et du religieux fonde la démocratie. Cela ne signifie pas que la laïcité soit hostile à la religion. D'abord, parce qu'elle garantit la liberté de conscience et la liberté des cultes. Ensuite, la laïcité aboutit en quelque sorte à un retour à la foi. Les catholiques de France le savent bien, ce qui conduit aujourd'hui les catholiques vers les églises, ce n'est plus la tradition ou la pression sociale, c'est la foi. De la même manière, la naissance en France d'un islam libéré des contraintes étatiques sera un exemple, non seulement chez nous, mais aussi dans toute la Méditerranée.

La laïcité repose sur la distinction entre l'espace public et l'espace privé. Dans l'espace privé, chacun est libre de ses attaches ; on peut aimer ses origines marocaines ou limousines, pratiquer sa religion, être fidèle à une culture. En revanche, dans l'espace public, chacun accepte de mettre de côté ses différences, pour mettre en avant ce qui réunit, pour devenir citoyen libre et égal en droit. C'est ainsi que la laïcité concilie l'infinie diversité des attaches et la commune appartenance à la nation. C'est ainsi qu'elle fonde la liberté individuelle, sans sombrer dans l'éparpillement de la communauté nationale en communautés ou en tribus.

Les penseurs des Lumières ont voulu briser tous les enfermements. Ils ne voulaient pas voir en chaque homme un croyant ou un athée, un homme du tiers état ou un aristocrate, un Breton ou un Auvergnat, un membre de la corporation des menuisiers ou un paysan : ils voulaient casser ces carcans pour ne considérer que le citoyen libre et égal en droit. Voilà la parole libératrice des Lumières : « Casser les barreaux des prisons communautaires », en finir avec ce qu'un de vos collègues en philosophie, monsieur le ministre, appelle « l'assignation à résidence communautaire ».

Réfléchissons bien à ce que signifie en réalité le discours de jeunes filles voilées qui affirment : « C'est là ma décision. » A part quelques cas assez rares, ne voyez-vous pas plus souvent la marque de la contrainte sociale, de la pression du grand frère, du père, du quartier ? Allons-nous laisser ces jeunes filles enfermées dans ces nouvelles prisons communautaires ?

La grande innovation de la République, c'est l'invention du citoyen. L'articulation entre les multiples appartenances de chacun - religieuses, culturelles, d'origine - et la commune appartenance à la nation est fondée non pas sur des communautés, comme dans d'autres sociétés, anglo-saxonne, par exemple, mais en chaque homme, au niveau de chaque individu. C'est ce qui garantit la liberté individuelle contre tout enfermement communautaire. Ni blanc, ni jaune, ni noir, ni juif, ni catholique, ni athée... mais tous citoyens de la République française ! Voilà le message de la laïcité. Et à l'école, tous futurs citoyens de la République !

Rien de tout cela n'est un fait de nature. Tout cela est construit par l'esprit. Tout cela s'apprend ! C'est le rôle de l'école de la République. C'est le grand rêve qu'évoquait Michelet, dans Le Peuple : « Que je voudrais qu'au moins l'enfance pût suivre un moment son instinct et vivre dans l'égalité. Ce serait une grande chose que tous les fils d'un même peuple, réunis ainsi au moins pour quelque temps, se vissent et se connussent. L'intuition durable et forte de la patrie, c'est avant tout l'école, la grande école nationale comme on la fera un jour, cité d'égalité où tous seront assis au même banquet spirituel. »

Cet idéal de l'école laïque toujours vivant, cet idéal de fraternité ne mérite-t-il pas quelques efforts ? Alors, pour le faire vivre aujourd'hui : le voile au crochet, la kippa dans la poche, la croix sous la chemise !

Les idées de la République ne se sont jamais installées sans combat. Il faut naturellement se souvenir de 1905 et de l'épreuve que le pays a traversée à cette occasion. Aujourd'hui, évidemment, les tensions sont de moindre intensité. Mais nous connaissons une offensive en règle de l'intégrisme islamique. Les défilés contre la laïcité nous ont été présentés comme spontanés ! Mais, comme par hasard, ils étaient coordonnés avec des manifestations intégristes devant nos consulats à Londres, à Berlin, à Amman, à Beyrouth, au Caire !

L'intégrisme islamique teste la République, pour mesurer ses capacités de résistance. Eh bien, la République tiendra le coup, s'il y a des républicains !

Nous devons affronter deux adversaires. D'abord, il y a les intégristes, qui sont organisés, qui disposent de réseaux. Il faut le dire, une épreuve de force est engagée avec eux. Ils représentent une faible minorité des musulmans de France mais ils alimentent un jeu dangereux. Latrèche et Le Pen fonctionnent comme un couple : les dérives de l'un nourrissent les outrances de l'autre.

Ensuite, nous devons affronter les tenants de l'américanisation libérale. Ils voient la France comme une copie de l'Amérique à laquelle ils rêvent. Ils voudraient remplacer la communauté des citoyens par la coexistence des communautés.

Mais voulons-nous d'une société où les enfants se distinguent dès le plus jeune âge selon leur religion, où un justiciable arabe refuse un juge parce qu'il est juif, où les horaires des piscines sont divisés par créneaux religieux, où les femmes ne veulent pas d'hommes médecins, où les hommes refusent d'être soignés par des femmes ? Faudra-t-il voir s'affronter, dans les cours de récréation, des petits Français juifs et des petits Français musulmans pour cause de guerre au Proche-Orient ? Faudra-t-il entendre demander de suspendre l'épreuve d'un examen à l'heure de la prière, comme ce fut le cas dans mon arrondissement ? Faudra-t-il demander des rames de métro séparées, des wagons réservés dans les TGV ?

Voilà nos deux adversaires : l'intégrisme et les tenants du libéralisme à l'américaine. Ils ont d'ailleurs conclu une vieille alliance. Depuis les années vingt, Washington et les wahhabites sont fermement alliés ! Leur enfant, c'est Ben Laden !

L'autre alliance c'est celle de la liberté, celle des républicains et celle des peuples qui se libèrent, y compris contre la République quand elle fut coloniale.

Leurs enfants, aujourd'hui, s'appellent Shadort Djavann, qui lutte pour les libertés et les droits des femmes en Iran, Zazie Sadou ou Khalida Messaoudi, figures emblématiques du combat des femmes en Algérie. Ce sont les centaines de milliers de femmes de ce pays qui ont pris leur enfant par la main pour les conduire à l'école malgré les menaces des intégristes. Ils ont besoin du soutien des laïcs de France.

Leurs enfants, c'est aussi bien Mendès France, l'homme de l'indépendance de la Tunisie, que Bourguiba, l'artisan du code du statut personnel, c'est Lyautey qui, avec une génération d'avance, visait l'émancipation des Marocains et Mohammed V qui l'incarna. Ce sont de grandes figures des lettres et des arts qui plaident pour la liberté et la modernité, et refusent de creuser un fossé entre l'Orient et l'Occident : Youssef Chahine, le cinéaste du Destin, le grand poète Adonis, qui chante la liberté des femmes et condamne « ce voile jeté sur la raison ». Ils rejoignent le grand combat émancipateur, aux côtés d'Averroès, d'Ibn Khaldoun, d'Abou Nawas, d'El Farabi ou d'Avicenne.

Et dans leur lignée, je citerai tous ceux qui ont tissé le lien entre les deux rives de la Méditerranée : Albert Camus ou Naguib Mahfouz, Kateb Yacine et Paul Klee, Jean Amrouche et André Gide, Mouloud Mammeri et Jean Sénac, Germaine Tillon et Rachid Boudjedra. Accepterons-nous de laisser briser cet héritage de lucidité et de courage, pour sombrer dans l'obscurantisme ? Ou bien entendrons-nous les voix, voix d'hier et d'aujourd'hui, des écrivains Mohamed Dib, Mouloud Ferraoun, Rachid Mimouni, Leïla Sebbar ? Entendrons-nous les voix d'Abdou Filali-Ansary au Maroc, d'Abdelmajid Charfi en Tunisie, d'Ali Abderazik en Egypte, de Redha Malek en Algérie, qui cherchent à fonder une vie publique distincte de la religion ? Notre rôle n'est-il pas de soutenir cette pensée ?

Oui, il nous faut faire vivre la nouvelle alliance des Lumières, au Nord comme au Sud, contre l'obscurantisme et la régression, qu'elle se nomme intégrisme violent au Sud, ou Front national chez nous.

Nos combats sont les mêmes. L'affaire du voile n'oppose pas les musulmans aux laïcs. Elle oppose les laïcs aux intégristes ; elle oppose ceux qui croient à l'égalité entre l'homme et la femme et ceux qui voudraient perpétuer l'ordre antique de soumission et de domination.

Entre le fort et le faible, c'est la loi qui libère et le désordre qui opprime. La République ne peut aller sans règle.

Nous adressant enfin aux Françaises et aux Français de confession musulmane, notre devoir est de leur dire : vous êtes une part du corps social qui s'appelle la France. Par vous, les principes révolutionnaires qui ont construit la République vont vivre une nouvelle vie. La France vous les remet avec confiance. Car la République, c'est un acte de foi et de confiance. Les nouveaux citoyens seront les meilleurs militants de la République.

Ce que la République demande à la religion musulmane, c'est ce qu'elle a demandé à toutes les autres pour fonder l'espace public commun de débat. Rien de ce qu'elle demande à l'islam qui n'ait été demandé aux religions qui l'ont précédé sur notre sol. Les règles qu'elle fixe, ce sont des règles de bonne intelligence, pour vivre ensemble de manière harmonieuse, respectueuse et apaisée.

On nous dit quelquefois que la loi sur la laïcité ne résoudra pas les difficultés sociales des jeunes issus de l'immigration. C'est vrai, et le suffrage universel ne règle pas non plus la question du chômage. Mais ce n'est pas en désertant les combats de la République qu'on fait avancer les droits sociaux ! Cette faute, Jean Jaurès l'avait condamnée dans l'affaire Dreyfus, et même Jules Guesde l'avait ensuite regrettée.

Mais il est vrai que cette loi confère aussi à la République des devoirs.

Il n'est pas normal de devoir inscrire « Alain » pour avoir une réponse à un curriculum vitae quand on s'appelle Ali. L'égalité devant l'accès à l'emploi, au logement, aux loisirs est encore à construire dans la France d'aujourd'hui.

La liberté des cultes doit être garantie par la République : assez de mosquées dans les caves ou les garages ; l'islam doit avoir le même droit de cité que le christianisme et le judaïsme.

La République doit favoriser le plein accès à la citoyenneté. Assez du mot « intégration » employé à toutes les sauces ! La plupart de ces jeunes sont nés en France, ont fait leurs études ici et parlent le français comme vous et moi. (Très bien ! sur les travées de l'UMP.)

Que leur demande-t-on encore pour « s'intégrer » ? Ce qu'il faut conduire, c'est une vigoureuse politique de plein accès à la citoyenneté, c'est-à-dire abattre les discriminations, les obstacles posés sur le chemin, pour garantir l'égalité non seulement en droit, mais également en fait. Alors, l'exigence « Tous citoyens de la République française ! » ne sera plus un vain mot.

Nous adressant à ces nouveaux citoyens, nous devons leur dire : coude à coude, nous défendrons vos droits, nous combattrons l'injustice. Ce combat pour l'accès à la citoyenneté est le grand devoir national de notre génération. Ou bien nous échouerons, et la société française sombrera dans une violence obscure, ou bien nous réussirons, et la République sera plus forte, enrichie de l'apport exceptionnel de ses nouveaux citoyens. C'est l'espoir que je caresse.

Je terminerai en citant à nouveau Michelet : « Voilà ce que c'est que la France. Avec elle, rien n'est fini ; tout est toujours à recommencer. » Recommençons donc la République ! (Applaudissements sur l'ensemble des travées.)